La mère d'un "prisonnier politique": "2.000 F pour le voir 45 minutes""Je dépense 2.000 F pour le voir 45 minutes", explique la mère d'un détenu corse, emprisonné dans la région parisienne depuis plusieurs mois, racontant la "galère" financière mais aussi humaine que lui fait vivre l'éloignement. Dans le principe, cette femme de Haute-Corse qui s'exprime sous couvert de l'anonymat et avec maintes précautions dit "concevoir" que les prisonniers en détention provisoire soient écroués près des juges antiterroristes, qui sont à Paris, "à condition d'être dans la capitale même et pas en banlieue". "Mais une fois jugés, je ne comprends pas qu'ils ne puissent purger leur peine" à la maison d'arrêt de Borgo, près de Bastia. Chaque voyage, effectué dans la journée, lui coûte environ 2.000 F, pour le billet d'avion, les autres transports et les repas. Cette mère qui s'efforce d'aller voir son fils deux fois par mois, souvent le samedi car elle travaille à plein temps, doit affronter depuis la fin de l'été une difficulté supplémentaire: "Il n'y a plus d'avion le samedi matin, alors soit il faut passer par Marseille, et ça coûte plus cher, soit partir le vendredi soir et rester sur Paris, ce qui coûte encore plus cher". Sans parler des aléas, météorologiques par exemple. "Une fois, mon avion avait du retard à cause du mauvais temps. Résultat: à mon arrivée, les portes de la prison étaient closes et j'avais fait le voyage pour rien". En moyenne, estime-t-elle, ces allées et venues absorbent 40% de ses revenus. Comme elle bénéficie du "soutien moral et financier" du reste de la famille, elle considère avoir plus de chance que d'autres qui ne rendent visite à leurs proches que très rarement. "Mais le côté financier, on arrive à le relativiser. Ce qui pèse le plus, c'est la peur du fil qui se casse", déclare-t-elle. "A chaque fois que l'avion repart, j'éprouve un sentiment de culpabilité et d'abandon. C'est difficilement supportable", poursuit-elle, se disant persuadée qu'elle n'éprouverait pas de tels sentiments si son fils était emprisonné en Corse et qu'elle avait "trois parloirs par semaine", le maximum autorisé. "C'est comme si en plus de la condamnation, on s'était mis en tête de le punir une deuxième fois et de nous punir aussi". Elle rejette l'idée, évoquée par Lionel Jospin, d'un rapprochement dans le Midi. "Ici on est sur une île. Qu'il soit à Paris, Nice ou Marseille ou, pire, dans le Sud-Ouest, ça ne changera rien, il faudra quand-même traverser la mer". |
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