Lettre de Ghjuvan luca ALBERTINI, 2002 /02

Chacun sait que la prison est un lieu de vexations, de brimades, de provocations et loin de nous l'idée de nous plaindre ou de faire pleurer dans les chaumières. Bien au contraire, le traitement qui nous est infligé ne fait qu'accroître notre détermination. Mais aujourd'hui, ce sont nos familles et les symboles de notre peuple qui sont visés et nous ne pouvons plus garder le silence... - Début février l'épouse d'un Prisonnier Politique Corse, après son heure de visite mensuelle, a constaté la disparition de son sac à main, pourtant gardé par des surveillants. Ne disposant plus d'aucune ressource puisque argent, cane bleue, téléphone et chéquier avaient disparu, la compagne de ce patriote s'est vue littéralement jeter dehors par l'administration pénitentiaire qui refusa catégoriquement qu'elle se serve du téléphone de l'établissement. Ce n'est qu'après avoir porté plainte pour vol, que le sac lui a été restitué vide par ces mêmes gardiens, visiblement mal à l'aise... - Après 30 mois de quasi-isolement dans l'infâme prison de Fresnes, Marcellu Istria, refusant d'être une nouvelle fois isolé après son transfert à Fleury-Mérogis a entamé une action de protestation et s'est vu écoper de 10 jours de mitard fermes et 10 jours de mitard avec sursis. Malheureusement la maman de ce patriote, après un déplacement onéreux et éprouvant n'a appris le placement de son fils au cachot qu'une fois devant la prison. Sous le regard amusé des gardiens, elle s'est vue refuser une demi-,heure de parloir " hygiaphones, ce qui est pourtant la règle dans ce genre de cas... Le silence des Corses face aux turpitudes de l'administration ftançaise a poussé celle-ci à multiplier les provocations jusqu'a atteindre l'inacceptable. - Au bâtiment D3, pour cacher un peu la misère des murs de nos geôles, nous avions fabriqué avec des draps usagés de belles " Bandere Corse ". Durant plusieurs mois nos drapeaux ne firent l'objet d'aucune remarque mais l'approche des élections aidant, les clivages politiques refont surface. Un surveillant quelque peu " facho ", arborant fièrement une fleur de Lys à sa boutonnière, appuyé par sa hiérarchie a déchiré nos beaux drapeaux lors d'une fouille zélée. Jeter nos affaires à terre ne lui suffisait visiblement pas ! Quelle ne fut notre surprise lorsqu'en plus de la perte de notre symbole le plus cher, nous avons appris que nous devions répondre de notre attachement viscéral à " Nostra Bandera " devant un conseil de discipline, véritable tribunal d'exception; Sanction ... le cachot pour tous !!! L'administration pénitentiaire française a ainsi souillé la bannière d'un peuple et jeté au cachot ceux qui osaient l'arborer. On remarquera que des faits similaires avec notre emblème, se sont aussi produits au Bâtiment DI avec d'autres Corses. Il semble évident que l'état colonial, à l'intérieur même des prisons dispose d'un bras armé, garant d'une pensée unique. Voilà où nous en sommes après deux ans où les Corses s'attachent à faire leur part du chemin vers la paix. Pour nous, Prisonniers Politique Corses, une seule question se pose - Combien de temps encore devrons nous supporter de tels agissements sous le prétexte incertain d'un règlement politique de la question Corse ?

Ghjuvan-Luca ALBERTINI

 
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